Les remparts et porte des Oudaïas
Dominant l’embouchure de l’oued Bouregreg et les rivages de l’Atlantique, la Qasba des Oudaïa s’impose comme l’un des ensembles fortifiés les plus représentatifs du patrimoine urbain de Rabat. Par sa position stratégique et son rôle dans les dynamiques politiques et militaires, elle constitue un repère fondamental dans la défense des côtes atlantiques du Maroc.
L’origine du site remonte à 1140, lorsque l’émir almoravide Tachfine Ben Ali y établit un fortin militaire désigné sous le nom de « Ksar Beni Tanga » ou « Ribat Tachfine ». Cette première phase, confirmée par les découvertes archéologiques, fut suivie en 1146 par la prise du site par les Almohades. Sous le califat d’Abdelmoumen, conscient du potentiel stratégique de ce promontoire, un noyau fortifié fut édifié et baptisé « Mahdiyya », en hommage au Mahdi Ibn Toumert, père spirituel de la dynastie. Le règne de Yacoub al-Mansour marqua une nouvelle étape : le site reçut le nom de « Ribat al-Fath » et fut doté d’une fonction militaire d’envergure, servant de point de rassemblement pour les expéditions vers al-Andalous.
Ce site constitue un véritable palimpseste architectural, où se superposent les traces matérielles de plusieurs dynasties. On y distingue encore les vestiges du ribat almoravide, première installation islamique du lieu, qui révèle l’importance stratégique de ce promontoire.
L’enceinte almohade
Érigée au XIIe siècle, elle se caractérise par la monumentalité de sa porte principale, Bab el-Kbir, qui illustre les principes de l’architecture défensive du Maroc médiéval. Construite en moellons, cette enceinte mesure 2,5 m d’épaisseur et entre 8 et 10 m de hauteur. Par ailleurs, les structures militaires comme le Borj Sqala et le sémaphore témoignent de la vocation défensive du site, tourné vers l’océan Atlantique. À cette dimension militaire s’ajoute une composante esthétique et culturelle.
L’enceinte de Moulay Rachid
Cette enceinte forme un hexagone irrégulier à l’intérieur duquel s’élève la demeure princière, aujourd’hui réhabilitée en musée. Elle longe l’ancienne place Laghzel sur 132 m. Percée de quatre portes, la plus importante est celle à double coude, ouverte au milieu de la façade sud par un arc brisé outrepassé.
Construite essentiellement en pisé de qualité moyenne, mêlé à des cailloutis, la muraille présente certaines parties appareillées en maçonnerie de moellons. Épaisse d’1 m, elle s’élève de 8,60 m à 17 m selon les sections, et comporte un chemin de ronde de 0,85 m protégé par un parapet percé de meurtrières et coiffé de merlons pyramidaux. La muraille est flanquée de tours barlongues et de bastions heptagonaux et trapézoïdaux, renforcés par des chaînages d’angle en pierre de taille. Ces éléments l’opposent nettement à la muraille almohade.
L’enceinte de Moulay Rachid, par ses bastions massifs et ses tours bien proportionnées, dégage une impression de force et de puissance. Elle constitue un spécimen remarquable de l’architecture militaire alaouite du XVIIe siècle.
Bab Lakbir
Bab Lakbir, ou « la grande porte », appelée aussi Bab al-Qasr (porte du palais), fut édifiée par le calife almohade Abou Youssef Yacoub al-Mansour (1184-1199) dans le cadre de son projet de fonder une nouvelle capitale pour la dynastie : Ribat al-Fath.
C’est une porte urbaine coudée, massive, mesurant 38 m de long, 16 m de large et 13 m de haut. Construite en pierre soigneusement taillée et assemblée avec un mortier de chaux de grande qualité, elle s’ouvre par un arc brisé outrepassé culminant à 7,08 m du sol, encadré de deux tours carrées en saillie.
L’intérieur de la porte s’organise en trois salles carrées en enfilade, séparées par des marches. Outre sa fonction défensive, renforcée par sa position dominante, Bab Lakbir est également un ouvrage décoratif. Son ornementation en relief, à fort contraste, attire le regard grâce à ses entrelacs géométriques et floraux, ses arcatures et arcs polylobés, ses colonnettes, ses coquilles d’écoinçons et ses inscriptions en arabe coufique.
Par son architecture et la finesse de son décor, la porte des Oudaïa s’impose comme l’un des monuments les plus représentatifs de l’art almohade au Maroc et en Méditerranée occidentale.